Habiter Le Monde

© Hamedine Kane

"Il y a une sorte de paradoxe assez bizarre où tout bouge aujourd’hui (les marchandises, les capitaux, les gens) et en même temps il y a une autre partie des humains qui sont dans une position de mobilité réduite." Hamedine Kane in Point Culture, 2019.

Dans son film Habiter Le Monde, Hamedine Kane marche littéralement dans les pas de personnes migrantes à la recherche d'un refuge. Partant de récits anciens et contemporains sur la marche – des pèlerinages à la diaspora –, Kane mêle des témoignages personnels avec des images fortes, en suspens. Dans une salle d'attente d'aéroport, un homme parle de son rêve, qui est d'aller en Belgique. Suivent des images du Petit-Château, à Bruxelles, la porte d'entrée toute personne en demande de protection internationale. Le film met en lumière la précarité de ces espaces d'entre-deux où le mouvement s'arrête, où l'avenir est incertain et où la survie dépend des capacités de négociation.

Au moyen de dialogues minimaux, de séquences muettes et d'une bande-son pénétrante, Kane illustre le désespoir et la perte, mais aussi la résilience, la solidarité et le pouvoir de reconstruction. Plutôt que de représenter l'émigration comme un chemin en ligne droite vers la sécurité, il la dépeint comme une expérience cyclique. En même temps, il soulève des questions politiques urgentes sur la soi-disant "migration de masse" et l'absence de routes migratoires sûres. Habiter Le Monde est sa réponse à la réaction des autorités en 2015, quand la Belgique a contraint de nombreuses personnes fuyant leur pays à vivre dans la rue, et montre clairement que la migration suit rarement une ligne droite.