• Jeudi, 1 avril, 2021 Dimanche, 25 avril, 2021  

Projection

Showroom 5

  • entrée libre avec ticket d'exposition
     

Gradient

Philippe Decrauzat

Anonyme, \

Interrogeant les mécanismes de perception au prisme de leur remédiation technologique, l’artiste Philippe Decrauzat explore avec Gradient (2021) les propriétés de la lumière au cinéma.

 

Dessinant les contours d’une genèse de l’image en mouvement et des dispositifs de projection, les films de Philippe Decrauzat (1974-) sont traversés par des références à l’histoire du modernisme et aux théories de la perception que l’artiste réinscrit dans un paradigme filmique. Dans la tradition des méthodologies expérimentales héritées de la fin du XIX e siècle, il interroge les mécanismes de perception au prisme de leur remédiation technologique et fait de son médium et de ses propriétés intrinsèques le sujet de ses expérimentations. Ses films adoptent le vocabulaire formel et conceptuel du cinéma structurel dont il semble rejouer spatialement les effets et les significations. Avec Gradient (2021), un film produit à l’occasion de cette exposition à Kanal, Decrauzat se réapproprie un film canonique de l’histoire du cinéma : L’Aurore réalisé par le cinéaste allemand Friedrich Wilhelm Murnau en 1927. Délégant à un algorithme l’opération de « remontage », l’artiste propose une organisation inédite de l’oeuvre source. Structuré sur la gradation progressive des blancs – de l’image la plus foncée à l’image la plus clair, ce nouvel agencement semble rejouer dans le déploiement de la projection le mouvement naturel de la lumière érigé en principe narratif dans le film original. Chaque image, indépendamment de sa valeur narrative, est replacée dans un déroulement qui suit des valeurs de luminosité. Indissociable des techniques de reproduction analogique, la lumière est ici appréhendée à travers le prisme du numérique dans la continuité d’un flux électrique libéré des contraintes spatio-temporelles. Pour le théoricien des médias Friedrich Kittler, l’invention du micro-processeur signe le dernier acte d’écriture et la fin de l’histoire. Confronté aux variations d’intensités, le spectateur est invité à faire l’expérience d’une transition continue qui passe par tous les états et toutes les divisions d’un spectre lumineux.