La bibliothèque à bords perdus

Conversation avec Carole Kojo-Zweifel

Longread
Deux petits enfants regardent des livres sur une étagère basse de la bibliothèque pendant que des adultes sont assis et lisent à des tables en arrière-plan
© Veerle Vercauteren

Lors de l'ouverture du musée, le Centre International pour la Ville, l'Architecture et le Paysage - CIVA fera partie intégrante du projet interdisciplinaire et coopératif de la nouvelle institution bruxelloise. A l'occasion de It Never Ends, le CIVA a pris le parti de proposer un prototype de bibliothèque d'architecture d'un genre nouveau.

Pourquoi, dans le cadre de LA préfiguration de votre partenariat avec Kanal, avoir choisi de mettre l’accent sur la bibliothèque? 

Le programme du CIVA durant KANAL Brut nous avait permis de présenter des expositions, des talks, des ateliers et mettre en valeur nos archives. Pour cette deuxième expérimentation, nous entamons une réflexion sur ce que peut représenter une bibliothèque dans le futur, en terme de contenu et d’activités. Quid de son public: lieu de lecture ou plutôt lieu de socialisation, d’étude, de travail, de formation… rempli de livres? Et comment l’activer pour toucher de nouveaux publics?  

A quelques années de notre implantation à KANAL–Centre Pompidou, nous souhaitons mettre en avant ces questions majeures sous forme d’une bibliothèque ouverte 7 jours sur 7, avec un programme de débats, de présentations de livres, projections, ateliers, etc. Le lieu se veut également ouvert au coworking. Véritable antithèse du bureau barbant et reflétant de nouvelles manières de travailler au sein de nos sociétés, ces espaces de travail partagés offrent de nombreux avantages: flexibilité, sortie de l’isolement, cadre motivant, rencontre de gens qui peuvent déboucher sur des opportunités professionnelles, un programme propre d’activités variés.  

Pourriez-vous décrire les principes de sélection qui conduisent à la constitution de ce fonds, qui est formé de manière collective et participative? 

Une bibliothèque n’est plus un temple du savoir qui donne des réponses mais un espace d’échanges, qui propose des documents qui nous interrogent et nous aident à réfléchir. En ces temps d’incertitude face à l’évolution de notre monde (certains parlent d’anthropocène), sa fonction nous semble d’autant plus nécessaire pour comprendre ce qui nous entoure.  

Pour offrir une pluralité de choix, il nous a semblé logique d’ouvrir la sélection de son contenu au public, sous plusieurs formes: sélections de livres par des personnalités internationales et locales (qui, pour certains, la présenteront au public), open call au public pour nourrir une section de livres à échanger, donner ou suggérer, etc. 

Aussi, grâce à un dispositif d’ajouts, d’échange et de reclassement de son contenu, la bibliothèque se transformera chaque jour un petit peu, donnant au public à chaque visite une expérience différente. 

Quelle est la signification du titre, littéraire, poétique et évocateur: La Bibliothèque  
à bords perdus? 

La bibliothèque occupe l’espace dans son entièreté – à bords perdus comme on dit dans le monde de l’édition. C’est aussi une référence à l’idée que nous pouvons maitriser le savoir, le circonscrire, ce qui est évidemment impossible. C’est ce qui nous a emmené à la thématique ‘Habiter le monde’. Comment l’humain a perçu et conçu son lieu de vie au travers les âges? Depuis quand avons-nous conscience de l’impact que cet acte fondateur peut avoir sur notre environnement? Voulons-nous une ville inclusive ou des quartiers exclusifs, un lieu de vie pour tout le monde, y compris pour les autres êtres vivants qui composent notre paysage urbain? Quels pourraient bien être les nouveaux récits fondateurs qui ont porté les villes? Vous comprenez qu’il s’agit d’un monde sans fin. 

Propos recueillis par Yann Chateigné